Incontinence, exploration, urodynamique, rééducation périnéale, Paris
ACTIVITES SPORTIVES ET INCONTINENCE
Dernière mise à jour : 26.05.2009
   

 

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Quelles en sont les causes et leur fréquence ?

L’incontinence urinaire de la femme reste de nos jours un symptôme non déclaré et donc sous-évalué. La fréquence de l’incontinence urinaire (IU) dans la population féminine montre :

• qu’elle est déjà de 10% chez la femme jeune sans enfants (nullipare),

• une augmentation de 20%-30% dans la population jeune active,

• plus de 30% chez la femme nullipare sportive,

• une augmentation progressive avec l’âge de 40%-60%.

Il existe plusieurs types d’incontinence urinaire :

• IU à l’effort (IUE) - se définit comme perte involontaire d’urine lors d’efforts dans la vie courante tels qu’éternuements, toux. - est provoquée par une augmentation brutale de la pression intra-abdominale, donc très en relation avec les activités physiques qui augmentent toujours cette poussée vers le bas, - une gêne particulière dans la course, les sauts et les soulèvements de charges.

• IU par impériosité - se définit comme un désir soudain, impérieux et irrépressible d’uriner même une faible quantité d’urine, - apparaît dans certains paroxysmes émotionnels (fou rire, peur, orgasme).

• IU mixte - caractérisée par l’association des deux formes précédentes.

 

Sport et pathologie périnéale

La vogue de la nécessité d’une activité physique (AP) régulière ne faiblit pas depuis son avènement il y a une trentaine d’années. Toutes les activités physiques qui allient un déplacement à pieds sous les formes les formes les plus diverses (footing, jogging) constituent un excellent moyen pour acquérir et entretenir sa forme. Par contre les études portant sur les conséquences de l’AP et de l’activité sportive (AS) sur le périnée en général et en particulier sur l’incontinence urinaire sont très récentes.

Rappelons que le périnée est un groupe musculaire qui soutient tous les organes du petit bassin chez la femme (vagin, vessie et rectum). Il se contracte volontairement et subit des dommages après notamment les accouchements par voie naturelle, la ménopause et certaines interventions chirurgicales. Le nombre de jeunes femmes et même de jeunes nullipares se plaignant d’incontinence urinaire à l’effort au cours de la pratique d’une AP ou d’une AS n’est pas négligeable. 71% des femmes françaises aiment « bouger » et se dépenser, mais savent-elles que lorsque le sport se conjugue au féminin, il peut aussi parfois causer des fuites urinaires ?

La pratique d’un sport, qu’elle soit occasionnelle ou assidue, peut se révéler être un facteur de risque d’IU. On peut donc penser que la pratique sportive, surtout intense ou très régulière, peut aggraver une pathologie par ailleurs déjà fréquente, conséquente de l’anatomie spécifique de chaque femme, des perturbations hormonales et surtout du « traumatisme » obstétrical. Cette IUE amène ces femmes soit à arrêter de pratiquer leur sport (20%) soit à changer de discipline (40%), soit encore à recourir à une protection en poursuivant la même activité (60%).

Facteurs de risque sport et périnée

 

Lien entre incontinence urinaire et sports

• C’est à partir de la relation entre les exercices susceptibles d’affaiblir le périnée et le risque de créer une IUE, qu’il a été proposé par Bourcier en 1994, une classification des sports entraînant une IUE. La classification est fondée sur la relation existante entre une augmentation de la pression intra-abdominale (force dirigée vers le bas en direction du périnée). En effet, la pression de repos (debout, marche) peut être multipliée par 10 fois cette valeur dans le saut ! Certains sports plus que d’autres créent des pressions verticales et sont plus susceptibles de faire apparaître une IUE.

- Le groupe 1 : sports à haut risque : athlétisme (saut de haies/ en hauteur, triple saut) ; gymnastique (exercices acrobatiques, barres asymétriques, trampoline) ; basket-ball/volley-ball ; équitation ; sports de combat.

- Le groupe 2 : sports à risque modéré : tennis ; ski ; jogging.

- Le groupe 3 : natation ; vélo ; patinage/roller ; golf.

Incontinence et sport

 

• En dehors des accouchements par voie vaginale et des perturbations hormonales, il existe des prédispositions familiales (hérédité), et des anomalies anatomiques congénitales (faiblesse périnéale de naissance). Aussi lors des activités sportives (saut, course) la pression engendrée par la pesanteur s’exerce d’autant moins qu’il existe une bonne tonicité périnéale et abdominale. Mais lorsque le périnée est moins tonique (constitution) ou affaibli (accouchement/ chirurgie), les à-coups de pression intra-abdominale survenant dans les sports, vont s’ajouter à la très grande tonicité de la paroi abdominale des sportives (abdominaux « béton »). En effet, chez les femmes sportives, cette tonicité excessive de la paroi abdominale aggrave les contraintes de pression vers le bas sur les organes (vagin, vessie et rectum). Ce mécanisme peut expliquer la raison pour laquelle on assiste de plus en plus souvent à des prolapsus (descente d’organes) même chez les très jeunes femmes sans enfants ; généralement ces femmes pratiquent soit un sport du groupe 1 soit une activité qui dépasse 5 heures par semaine. Cette hypothèse fournit une explication possible à la recrudescence des anomalies chez la jeune femme tels que bruits d’air vaginaux, eau qui coule après une immersion dans l’eau.

 

Que peut-on proposer ?

Du bon sens

Si vous êtes concernées par des petites fuites urinaires lors de la pratique de votre sport préféré, il faut trouver une solution à ce désagrément ou choisir une autre activité où le corps est porté et les efforts mieux répartis et moins violents. Ainsi sont recommandés la natation, le cyclisme, la marche, le yoga, le roller, les bons abdominaux qui s’effectuent en creusant le ventre sans appui sur le périnée ou encore la gymnastique douce.

Comment avoir un ventre correctement musclé ?

Dans son livre « Abdominaux : arrêtez le massacre » Dr De Gasquet écrit qu’il faut :

- arrêter tout ce qui pousse le ventre en avant et vers le bas ;

- renforcer ce qui « rentre, remonte et plaque contre le rachis » ;

- arrêter la pratique des « mauvais abdominaux » qui sortent le ventre ;

- rééquilibrer les abdominaux et renforcer les muscles de soutien.

Elle souligne le rôle de la respiration et remarque que « si les efforts sont faits les poumons pleins, diaphragme bloqué en bas, la contraction des abdominaux pour la réalisation de l’effort va faire brutalement augmenter la pression. En conséquence, les exercices de renforcement des abdominaux ne doivent jamais être accompagnés d’une descente du diaphragme (inspiration ou respiration bloquée), afin d’éviter l’hyperpression des abdominaux ».

Tonifier le périnée

Pour les sportives, il faut d’abord prévenir le risque d’apparition de fuites urinaires en musclant son périnée. Contracter son périnée par série de 10 contractions/décontractions 3 à 5 fois par jour est un bon rythme. Si on rencontre des difficultés, il faut alors recourir aux contractions avec travail manuel intra-vaginal en modifiant la position, la durée et l’intensité des contractions volontaires. Il est possible d’associer à toute gymnastique périnéale l’utilisation de cônes (poids disposés dans le vagin qu’il faut maintenir en place).

Tonifier le périnée

 

Biofeedback

Technique plus récente qui permet une prise de conscience de la fonction périnéale. Ces techniques sont les plus utilisées chez la femme sportive du fait d’une perturbation de la fonction périnéale : une plus grande tonicité, voire hypertonicité abdominale et une difficulté à isoler les muscles du périnée plus que la femme non sportive (paradoxe).

Biofeedback

 

Electrostimulation

Elle est utilisée pour la phase prise de conscience ainsi que le renforcement du mécanisme sphinctérien. Les courants spécifiques à ce type de rééducation sont appliqués par voie endocavitaire (sondes) ou magnétique (sans sondes). Les sondes utilisées chez ces patientes jeunes, souvent nullipares sont spécifiques.

Electrostimulation du périnée

 

Programmes spécifiques

Dans des cas plus sévères, les femmes peuvent bénéficier du « MAB program ». Il s’agit d’une méthode dérivée du biofeedback avec télémétrie. Grâce à une mesure des activités musculaires enregistrées par un système particulier, elle renseigne sur les possibilités de chacune du verrouillage périnéal (contraction avant effort), lors d’activités sportives. Les informations recueillies sont transmises à un ordinateur qui exprime, via un écran de contrôle, les données en temps réel, au cours de l’activité physique, permettant à la patiente d’adapter et de doser la force musculaire de son périnée en fonction du mouvement à réaliser. La « « Femina Gym », est une méthode originale mise au point par des professionnels de santé. Cette méthode concilie les impératifs de conservation du tonus périnéal et l’amélioration de la condition physique. L’originalité de la méthode est de combiner gymnastique, exercices de yoga et aérobic, avec intégration du verrouillage périnéal (avec ou sans cônes vaginaux). Cette méthode peut se pratiquer pratique en groupe (6 personnes maximum), et il existe plusieurs niveaux de pratique dans lesquels la patiente peut évoluer en fonction des résultats obtenus.

Aides à la continence

Dans la mesure où 1 femme sur 4 est concernée par les fuites urinaires, il est recommandé en début de traitement de rééducation de choisir une protection discrète et efficace spécialement conçue pour éviter les odeurs.

Auto- rééducation à domicile

Ce type de rééducation qui permet de se traiter à domicile à l’aide d’un appareil léger, compacte et transportable, reste un complément de la rééducation pratiquée chez un professionnel de santé.

Traitement chirurgical

Lorsque une jeune femme, est très gênée par une IU survenant plus particulièrement au cours de ses activités sportives, on est en droit de se poser d’une indication opératoire. Il faut savoir que la chirurgie de la femme sportive, est plus exposée à la récidive du fait des pressions exercées vers le bas surtout dans les sports du groupe 1, défini ci-dessus. Cependant elle peut être proposée aux femmes qui ne souhaitent pas changer d’activité physique et qui respecteront cependant quelques règles de bon sens : cessation de toute activité pendant un mois ; éviter la répétition des sauts ; la reprise de la rééducation en centre très spécialisé pour celles qui restent avec une faiblesse périnéale.

Conclusion

L’engouement de la pratique sportive n’épargne pas les femmes jeunes et moins jeunes, encouragées par une presse féminine incitative, la multiplication des centres de remise en forme… Loin de notre pensée est de vouloir dissuader les femmes de la pratique sportive. Les bienfaits du sport ne sont plus discutés actuellement et on connaît les effets positifs sur le système cardio-vasculaire et musculo-squelétique. Si le choix d’un sport est affaire de cas individuel, il faut cependant privilégier les activités aérobiques prolongées (faible impact) en recommandant la natation, la marche, le vélo, le roller et la gymnastique douce. Pour les autres activités, il serait préférable que ces femmes aient un bilan périnéal préalable qui déterminerait le risque périnéal et une rééducation pourrait alors être entreprise. Ces techniques devraient être intégrées dans les programmes de remise en forme et dans l’entraînement des femmes sportives.